• The Scarlet Letter

                            Dans La Lettre Ecarlate, Hester Prynn, sortie de prison, doit apprendre à faire face à son châtiment, le port d'un grand A écarlate sur sa poitrine, signe de son adultère, tout en élevant sa fille, elle aussi née du crime.

    OoO

                 Les signes publics de péché, marques perpétuelles d'ignominie, ont toujours existé, d'une manière ou d'une autre. Il s'agit des hommes au pilori, il s'agit des femmes rasées après la seconde guerre mondiale, il s'agit de la lettre écarlate d'Hester Prynn. Ces personnes, réelles comme fictives, doivent apprendre à vivre avec la honte de leurs actes, ce qui peut apparaitre pour certains comme le pire des châtiments. D'autres apprennent à en faire une force. Mais dans tous les cas, le châtiment n'est pas dans le signe même du péché. Il n'y a rien d'incriminant dans la lettre brodée sur la robe d'Hester. Non, la punition est dans le regard des autres. Dans les moqueries, dans les coups d'œil peu discrets, dans la discrimination presque subconsciente. Et qu'y a-t-il de pire que de devenir le nouveau jouet de l'espèce la plus cruelle au monde, l'homme ? Chaque regard en coin devient une lame dirigée droit au cœur, chaque chuchotement détonne comme une explosion dévastatrice dans son esprit. La paranoïa s'installe alors et, comme un boomerang, le châtiment se retourne et frappe encore. La personne, face au jugement universel, modifie sa perception. Chaque regard ne peut être qu'une lame, chaque chuchotement ne peut être qu'une explosion. Finalement la victime devient son propre bourreau. Il se réduit au simple symbole de sa honte, pour ne plus exister en dehors. Ainsi Hester a beau essayé d'échapper à la lettre écarlate, elle revient toujours à son cottage de la Nouvelle Angleterre et agrafe à nouveau la lettre à sa robe.

                Le pasteur Dimmesdale, qui partage le péché d'Hester, reprend cette même dynamique. Le secret de son crime le détruit intérieurement mais c'est aussi la seule chose qui le garde en vie. La culpabilité se répand comme du sang dans son cœur, et chaque action, chaque mot, chaque sermon n'est qu'autant de témoignages de son crime. Lui aussi doit faire face au peuple, mais surtout à leur ignorance, leur vénération alors que lui se sait déjà perdu. Sa lettre écarlate est peut être invisible aux yeux du peuple, elle n'en est pas moins présente pour lui. Perdu dans un monde d'apparence comme celui de cette colonie puritaine, il devient fou. Ici, la sorcière marche libre parce qu'elle préserve, même vaguement, les apparences. Là, le magistrat outragé par le luxe de la vieille Angleterre continue à porter ses gants fastueusement brodés. Et au milieu de tout cela, finalement, y a-t-il rien de plus vrai que la lettre écarlate, que la souffrance d'Hester exposée aux yeux de tous ? Et même si les paroissiens n'en entendent rien, y a-t-il rien de plus honnête que le cri de douleur du pasteur dans chacun de ses sermons ?

     

                Et finalement, quelle vérité dans chacun de mes mots sur la page ? Quel cri de peur dans vos yeux face au regard intransigeant des autres ? Pire encore, quelle terreur face à votre propre regard dans le miroir ? Nous portons tous notre lettre écarlate. Certains y voient le pire des châtiments. Les autres apprennent à en faire une force. Certains la cachent tout au fond d'eux jusqu'à leur mort et d'autres l'exhibent fièrement. Châtiment divin ou punition masochiste de notre propre esprit, à nous de fermer les yeux, de changer notre perception du monde, d'éviter le retour du boomerang. A vous de rouvrir les yeux pour réaliser que la lettre écarlate n'est qu'un bout de tissu. Que déjà le monde a arrêté de le regarder pour se concentrer à nouveau sur ses propres problèmes.


  • Commentaires

    1
    Hazazel
    Lundi 13 Février 2017 à 14:36

    Coucou ! Tu ne m'avais pas dit que tu avais posté ce texte, je crois, heureusement que j'ai vu ton blog dans mes favoris et que je suis passé faire un tour !

    C'est assez court et ce n'est pas une histoire, ce qui change des textes que j'ai l'habitude de lire venant de toi. Il n'empêche que j'ai bien aimé. Le style est assez sobre, comme celui d'un essai (c'est un mini essai, non ?), et il transmet facilement les idées. Je sais que les répétitions sont intentionnelles mais ça a un côté un peu trop explicatif, parfois. En tout cas, ça me donne envie de lire le livre pour comprendre la phrase "elle revient toujours à son cottage de la Nouvelle Angleterre et agrafe à nouveau la lettre à sa robe", parce que je ne m'attendais pas à cette fin là !

    Gros bisous, Pearliton

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