• Personne ne meurt à Halloween

    Toutes mes excuses pour mon absence. Non, je ne suis pas morte. Je sais bien, on pouvait se poser la question. Mais non, me voilà, revenue d'entre les morts pour cette mortelle soirée d'Halloween à venir. Je voulais vous écrire un petit truc et puis finalement le projet a dépassé mes espérances donc il sera publié en deux parties. Une aujourd'hui et l'autre demain. En attendant, j'ai hâte d'avoir vos commentaires et vos suppositions sur la suite de l'histoire. J'espère que cela vous plaira et vous souhaite à tous un Joyeux Halloween.

    C'était la nuit d'Halloween. Madame Granne se préparait à se mettre au lit. Elle n'avait jamais vraiment compris l'intérêt que portaient les enfants désormais à cette fête. Son fils lui avait dit que c'était parce qu'elle était trop vieille pour comprendre. Que c'était une fête américaine. Elle se souvenait de l'année précédente. Toute la famille s'était retrouvée dans la maison de campagne aux alentours d'Halloween. Son fils et ses enfants s'étaient affalés dans le canapé du salon pour regarder un film d'horreur. Madame Granne se souvenait encore du sang, des hurlements et des flashs rapides qui lui avaient fait mal aux yeux. Monsieur Granne avait ri de son impressionnabilité. Elle avait eu du mal à dormir cette nuit là, les images dérangeantes continuant à défiler derrière ses paupières closes. Alors qu'elle se tournait et se retournait pour la centième fois de la nuit, son mari avait allumé la lumière. Dans l'obscurité de la nuit, la petite lampe de chevet projetait de grandes ombres noires sur les murs. Pendant près d'une demie heure, Monsieur Granne était resté éveillé pour la rassurer. "Il ne va rien se passer, disait il. C'était juste un film. Personne ne meurt vraiment, attaqué par un fantôme le jour d'Halloween."

    Mais Madame Granne était seule aujourd'hui. Hervé Granne était mort dans son sommeil le 4 Novembre 2015. Il était parti en paix, lui avait on dit. Souvent, elle repensait à ce jour fatidique d'Halloween. Pour elle, son mari n'était pas mort le 4 Novembre, mais dans la nuit du 31 Octobre, quand elle s'était enfin calmée et qu'il s'était couché. Le lendemain, il n'était plus le même. Madame Granne finit sa tisane et se changea dans son pyjama. Quand quelqu'un vint sonner à la porte de son appartement, elle ne put s'empêcher de sursauter. Elle ne connaissait personne dans l'immeuble. Qui pouvait bien sonner à cette heure ? Quand elle ouvrit, elle fut rassurée de tomber sur un petit garçon vêtu d'une longue cape noire qui lui tendit son panier en claironnant :

    "Des bonbons ou un sort !"

    Elle n'avait pas prévu de bonbons pour l'occasion. Elle s'excusa platement mais le petit garçon lui fit la grimace.

    "T'es même pas drôle. Les fantômes vont venir te manger dans ton sommeil, même."

    Quand elle referma la porte de son appartement, Madame Granne se prit à penser qu'elle aurait bien aimé que les fantômes reviennent vraiment pendant la nuit. Monsieur Granne aurait su comment la rassurer. Soudain, l'appartement lui sembla trop grand, trop sombre, trop vide. Le piano à queue dans la salle à manger projetait son ombre immense dans toute la pièce, et la lumière de la lune qui se levait vint se refléter sur le métal des candélabres sur la cheminée. Quand elle alluma la lumière dans la salle de bains, elle crut voir le rideau de douche bouger avant de réaliser qu'il ne s'agissait que du tremblement des ombres alors qu'elle se déplaçait dans la pièce. Elle eut du mal à se regarder dans le miroir au dessus de l'évier pendant qu'elle se brossait les dents. Sa maman lui avait dit maintes fois que les miroirs reflétaient des vérités que l'homme ne voyait pas toujours.

    "C'est mon imagination" marmonna t'elle. "J'ai toujours eu trop d'imagination. Hervé le disait tout le temps. Il disait Catherine, ton cerveau marche trop vite. Laisse le se reposer un peu, quand même ! Oui, Hervé avait raison. Je vais me reposer et ça ira mieux demain. De toute façon, personne ne meurt jamais vraiment le soir d'Halloween."

    La réverbération de sa voix dans la salle de bains créait des échos étrange mais s'entendre parler meublait le silence et rassurait la vieille femme. Quand elle quitta la pièce, elle crut voir un homme derrière le rideau de douche mais c'était encore une ombre.

    La chambre était la pièce la plus froide de l'appartement. C'était aussi la pièce la plus vide. Un grand lit double trônait au milieu, encadré de deux tables de chevet. Tout un mur était recouvert de placards dans lesquels le couple rangeait ses habits. Madame Granne n'avait toujours pas eu le courage de retirer les habits de son mari. Son fils disait que c'était ridicule de s'accrocher ainsi à de vieilles fripes mais elle ne voulait pas faire face chaque matin en s'habillant au vide dans le placard, du côté des habits de Hervé. Il n'y avait rien d'autre dans la pièce que les deux grandes fenêtres qui allaient presque du sol jusqu'au plafond. Il n'y avait pas de volets, juste de lourds rideaux qu'elle prit le temps de tirer soigneusement avant de se coucher.

     

    Madame Granne ne trouva pas le sommeil. Le bruit de l'horloge  qui tiquait la rendait folle. Le parquet qui craquait dans l'appartement au dessus du sien la faisait sursauter. Parfois, le cri d'un enfant dans la rue lui donnait envie de se lever pour voir ce qu'il se passait dehors mais elle avait un peu peur de ce qu'elle risquait de voir. Il n'y avait probablement rien de toute façon. Hervé l'avait dit : Il ne se passait jamais rien le soir d'Halloween. La conviction s'imprima dans son esprit à mesure qu'elle se répétait la phrase comme un mantra. Comme une formule magique qui lui permettrait de faire revenir son mari. Finalement, elle ferma les yeux et s'endormit en sentant le poids familier de ce dernier qui se couchait à ses côtés. Elle était de toute façon bien trop groggy de sommeil pour réaliser qu'Hervé était mort et enterré.


  • Commentaires

    1
    Andaan
    Dimanche 30 Octobre 2016 à 23:36
    Il ne se passe jamais rien le soir d'Halloween? Vraiment? C'est pourtant la nuit où on peut justement revoir un être aimé disparu... Pour le faire venir, pour qu'il se sente à l'aise, laissez un couvert sur la table à manger. Un peu d'eau dans le verre pour faire "vrai", une part du repas. Peut être le verrez vous à table? Ou dans la nuit, agissant comme s'il était toujours en vie.
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