• Familiarité

    Ce matin, le réveil sonne à sept heures précises, comme tous les jours depuis quinze ans. L'homme se réveille lentement, sort de son lit, et file prendre une douche glacée comme tous les jours depuis quinze ans. Un café noir lui suffira pour tenir la journée et déjà il enfile son costume gris, comme le ciel pollué de la grande ville. Même plus besoin de regarder la montre à son poignet pour savoir qu'il est exactement 7 heures 38, et qu'il est pile à l'heure. L'homme récupère la serviette de cuir qui l'attend sur le guéridon de l'entrée, juste à côté de ses clés. Au loin, de l'autre côté du petit appartement, il sait que sa femme est entrain de se réveiller lentement, mais qu'elle n'aura pas le temps de se lever et de rejoindre la porte d'entrée avant son départ. Alors il sort. Un tour de clés dans la serrure, longer le couloir, descendre à pied les trois étages menant au rez de chaussée, sortir dehors. Comme chaque matin depuis quinze ans, l'homme descend sur la grande avenue bondée par les hommes en costume gris, serviettes de cuir en main, qui savent parfaitement sans regarder leur montre qu'il est exactement 7 heures 42 et qu'ils ne sont pas en retard, comme tous les jours depuis quinze ans. Le bus de la ligne 68 arrive deux minutes exactement après que l'homme se soit arrêté sous l'abribus. Dans 13 minutes très exactement, il le déposera à une rue de son bureau, tous comme les autres hommes en costume gris et serviettes en cuir. Et juste avant huit heures, tous entreront dans leur bureau pour une nouvelle journée de travail. 

    Bien sûr, parfois l'homme aurait envie de se détacher de cette vie morne et sans intérêt, de vivre ses rêves d'enfants. Mais il sait que le lendemain, il se lèvera à sept heures précises pour aller rejoindre la masse des hommes en costumes gris et serviettes de cuir qui ont eux aussi étouffés leurs espoirs d'aventure et de liberté pour une petite vie bien rangée. Il ne faudrait pas que les voisins se doutent que ces hommes ont un jour été des humains. Ce serait une honte pour toute la famille. L'homme sait que la femme est entrain de faire la lessive et qu'elle partira à 9 heures 23 précises de chez elle pour aller faire les courses. Bercé par cette routine quotidienne à laquelle il connaît tout, ces familiarités de la vie, peut être ne se rendra t'il jamais compte que sa femme a trouvé le moyen de vivre ses rêves d'enfants, à travers l'homme qu'elle rejoint tous les jours dans l'après midi, et dont la folle histoire d'amour nourrit déjà les potins de toutes les commères du quartier, aigries de leur propre manque d'amour et de leur vie si simple et ennuyeuse. Mais peut être est ce mieux ainsi.
     


  • Commentaires

    1
    Vendredi 30 Août 2013 à 19:33

    Excellent! (Sauf "cette routine quotidienne auquel il connaît tout" qui m'arrache les yeux ;) )

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    2
    Vendredi 30 Août 2013 à 19:45

    Corrigé ! ;)

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