• Ce doit être ça la mort

    Ma vision personnelle de la mort, tout aussi joyeuse que d'habitude. Bonne lecture

    Une brume froide m'envahit, prend le contrôle de la moindre parcelle de mon corps endolori. Je ne sais plus qui je suis, je ne sais pas ce que je fais là. J'espère que je retrouverais mon chemin avant le contrôle de maths. J'ai révisé toute la nuit. A moins que ce ne soit la journée. Je n'ai aucune idée de l'heure qu'il est, du jour même. Peut être que le contrôle est déjà passé en fin de compte. Non, vraiment, je n'en sais rien. C'est terrifiant. Derrière mes yeux gardés clos, j'essaie de me souvenir de quelque chose, de la moindre futilité qui pourrait me rappeler le jour, le lieu. L'identité même. Un vide abyssal s'est fait dans mon crâne et il me paraît totalement impossible de me souvenir ne serait ce que de mon prénom. Je sais simplement que j'ai mal. Et que j'ai froid. En fait, je n'ai même pas envie de chercher quoi que ce soit d'autre. Une triste langueur m'envahit, ce doit être ça la mort. 

    Je suis bien là, renfermée dans ma coquille de chair et d'os, je n'ai pas envie de chercher plus loin la raison de ma présence. La douleur est supportable, probablement même plus que si je reviens auprès de ceux... De ceux. Leurs noms se sont évaporés dans mon esprit embrumé, de même que leur rôle auprès de moi. Je ne sais plus rien. Je crois. Simplement je crois. Je décide d'ouvrir les yeux. Voir, découvrir me fait peur. Peu m'importe. Lentement, je soulève mes paupières, ouvre mes yeux bleus sur le monde qui s'offre devant moi. Mais je ne vois rien. Non, il ne fait pas noir. C'est simplement qu'il n'y a rien. Je ne vois que mon corps au milieu du vide. Le blanc de ma tunique jure affreusement avec la tache rouge qui s'y répand, encore et encore. Quelques gouttes du liquide qui souille le vêtement devraient tomber à terre, mais il n'y a pas de terre. Simplement le néant. Ce doit être ça la mort. 

    Je crois que je flotte, que je vole même, puisque je ne sens rien sous moi, ni même la moindre attraction vers le sol. Mais je suis persuadée qu'il n'y a pas de sol. Je suis persuadée qu'il n'y a rien. Et pourtant je ne sais plus. C'est comme une conviction étrange qui me hante, au même titre que le vent glacé qui parcourt mon âme. Peut être qu'ils sont liés. Je ne sais pas. Je ne sais rien. Voyant qu'il n'y a rien à voir, je referme mes yeux, essaie de combattre la paresse qui m'habite. Je cherche un souvenir de... Je cherche un souvenir. Peu à peu une image se forme sous mes paupières tremblantes. Celle d'une paire d'yeux fous, dans lesquels un démon repoussant à prit ses quartiers. Ils me font peur. Je cherche une nouvelle image, trouve celle d'un métal argenté. Lisse, propre, trop propre même. Tellement propre que mon cerveau torturé s'empêche d'y ajouter des taches sombres, gouttelettes purpurines. La couleur me fait penser à la tache qui ruine mon vêtement mais il m'est impossible de déterminer ce à quoi cela fait référence. Peut être qu'un jour quand... Peut être qu'un jour je l'ai su. Plus j'y pense, et plus j'en doute. Ce doit être ça la mort.

    La douleur est toujours là, logé au fond de mon être comme la lame d'un... Comme une lame qui aurait transpercé mon cœur, perforé mes artères, déchiqueté mes entrailles. Je crois que je devrais avoir bien plus mal que ça, je sens un reste de nausée quand je me focalise à nouveau sur cette souffrance continue. Mais c'est supportable. Heureusement. Jamais je n'aurais voulu subir une torture pareille à celle que j'imagine pour l'éternité. C'est peut être aussi pour ça que je ne me souviens plus de... Que je ne me souviens plus. Ce doit être ça la mort.
     


  • Commentaires

    1
    Jeudi 11 Juillet 2013 à 17:33

    Bonjour"udelire"... C'est étrange j'ai vraiment éprouvé ces sensations il y a 3 ans lorsque j'ai failli passer de l'autre côté du miroir... Depuis la joie est en moi malgré tout

    Amitiés.

    2
    Udelire Profil de Udelire
    Vendredi 12 Juillet 2013 à 16:25

    C'est vrai ? Non, sincèrement,quand j'ai écrit ça, j'y voyais une idée purement subjective de la mort.

    Mais en tout cas, merci beaucoup d'avoir pris le temps de me lire. Je peux espérer te revoir passer de temps en temps ?

    Si oui, à une prochaine fois !

    3
    Maggiella
    Lundi 15 Juillet 2013 à 15:29

    Bonjour, j'ai lu une de tes histoires sur Teacher Story, je suis tombée sur ton blog.

    Je suis venue te dire que j'adore ta façon d'écrire. Tes textes, & plus particulièrement celui-ci, sont vraiment magnifiques. Tu as du talent. Je garde ton blog sous la main, je repasserai. 

    Bonne journée.

    4
    Udelire Profil de Udelire
    Lundi 15 Juillet 2013 à 15:40

    Merci beaucoup !

    5
    Dulanoire
    Lundi 15 Juillet 2013 à 15:48

    Ca doti être ça le talent. Exprimer ce que beaucoup ressentent sans qu'ils ne puissent mettre de mots dessus...

    6
    Udelire Profil de Udelire
    Lundi 15 Juillet 2013 à 18:45

    Essaie de faire pareil, on parie que tu fais mieux.

    7
    666~
    Vendredi 2 Août 2013 à 14:37

    La mort peut etre aussi un soulagement , meme si la souffrance sera toujours là.

    8
    Udelire Profil de Udelire
    Lundi 19 Août 2013 à 14:09

    La souffrance dans la mort ? Hmmm. J'en doute. Ce dont je parle là, c'est de l'agonie. Je fais partie de ces horribles pessimistes, pire encore que ceux qui croient en une suite éternelle de souffrances pour après le trépas, qui sont intimement persuadés que la mort est une fin, un point final. Après ? La décomposition d'un corps dans une boite sous terre, rien de plus. L'esprit n'est plus. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire. Comme quand on dort profondément. Personne ne s'en souvient. On a l'impression que cette période n'a jamais existé. Pour moi, c'est exactement ça la mort. Ensuite pour ce qui est du soulagement, j'y vois surtout beaucoup de lâcheté. Le suicide est une manière de se défiler, de faire souffrir les autres pour ne plus souffrir. Les suicidés ne sont plus à plaindre, au contraire de ceux qui sont restés. Au plaisir de t'avoir démoralisé.

     

    9
    666~
    Lundi 19 Août 2013 à 16:37

    Je ne dis pas le contraire. Tu ne me démoralise pas , mais entre se battre pour rien et finalement mourir  , ou profiter du temps qu'il te reste pour mourir betement. Il n y a pas de difference , mise a part sourire devant les autres à la place de montrer que tu vas mal.

    10
    Udelire Profil de Udelire
    Mardi 20 Août 2013 à 13:12

    Sourire devant les autres est la plus belle preuve de grandeur d'âme que le monde puisse connaitre. Se battre pour rester en vie se place juste derrière. Dans les deux cas, le but est de montrer aux autres qu'on a encore la force de se battre et de ne pas les faire souffrir à cause de nos propres problèmes. Ceux qui arrivent à faire ça, à ne pas miner le moral des autres, sont des héros. Et souvent, on les oublie trop vite. Entre se battre et profiter, il  n'y a pas de différence ? Se battre, même si on ne sait pas trop pour quoi ni comment, c'est assuré aux générations à venir un avenir plus heureux que le nôtre, dans le cas où justement le notre est plutôt sombre. Profiter ? C'est fermer les yeux sur la grisaille pour ne se concentrer que sur son bonheur personnel. Et dès qu'il y aura le moindre problème, ces personnes là ne sauront même pas comment faire pour les surmonter eux mêmes. C'est ridicule. Pour en revenir à la mort, soit le dernier point de ton argumentaire, l'homme doit, selon moi, évoluer en sachant qu'il est une chose à durée de vie limitée et c'est cela qui en fait toute sa particularité par rapport à l'animal. C'est parce qu'il sait qu'il laissera bientôt sa place à un autre, qu'il a une vraie manoeuvre de réflexion sur le long terme. Donc, oui, de toute façon, l'homme va mourir. Mais ce n'est pas parce qu'il le sait qu'il doit ruminer sur la fin de sa vie sans se battre pour le temps qui lui reste. Profiter, oui, mais se battre pour pouvoir ensuite profiter de quelque chose d'honorable, avec la sensation du travail accompli. 

    11
    666~
    Mardi 20 Août 2013 à 15:25

    Il n'y a pas espoirs a tout. Meme si tu peux sauvé , 1an , ou 2 , ce ne sera qu'1 an de souffrance en plus. Certe , tu pourras continuer a voir le sourire de ceux que tu aime , mais au final le résultat est le meme. L'homme fait plus de mal aux autres qu'a lui meme en mourrant. Je ne suis pas quelqu'un de très logique , mais je sais que je ferai moins de mal aux autres en mourrant , qu'en les détruisant avec moi. Si je ne vois pas ce que j'ai toujours voulu voir , elle ne me verra pas non plus , et ne pourras donc pas me perdre.

    Il n'y a rien d'honorable , quand tu es le seul à savoir que tu avance.

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